Les juges réprimandent Macron pour avoir critiqué le cas d’une femme juive assassinée


Paris (AFP) – Le président français Emmanuel Macron a vivement critiqué lundi les meilleurs magistrats du pays pour avoir critiqué une décision de justice relative au meurtre en 2017 d’une juive à Paris.

Sarah Halimi, une juive orthodoxe dans la soixantaine, est décédée après avoir été poussée par la fenêtre de son appartement à Paris par un voisin criant “Allahu Akbar” (“Dieu est grand” en arabe).

Son meurtre a alimenté le débat sur une nouvelle souche d’antisémitisme chez les jeunes musulmans radicalisés dans les quartiers à majorité immigrée.

Mais la cour d’appel de Paris a conclu le mois dernier que le suspect, un gros fumeur de pot, avait succombé à une “crise de délire” et n’était donc pas pénalement responsable de ses actes.

Lors d’une visite en Israël la semaine dernière, Macron a contesté cette conclusion, affirmant que “même si, finalement, le juge a décidé qu’il n’y avait pas de responsabilité pénale, il fallait un procès”.

Ses remarques ont attiré une riposte rapide du procureur général et du plus haut juge de la cour d’appel la plus élevée de France, qui entendra un appel de la famille Halimi contre la décision d’aliénation judiciaire du tribunal inférieur.

Dans un communiqué, la juge Chantal Arens de la Cour de cassation et le procureur François Molins ont noté que “l’indépendance du système judiciaire, dont le président de la République est le garant, est un facteur essentiel du fonctionnement de la démocratie”.

Les juges de la Cour de cassation “doivent pouvoir examiner tous les recours (dans l’affaire Halimi) en toute sérénité et indépendance”, ont déclaré les deux magistrats de haut rang.

La présidente du principal syndicat des juges français, Katia Dubreuil, a également déclaré qu’elle était “choquée” par les propos de Macron, notant qu’en dépit de sa promesse de ne pas interférer dans les décisions de justice, “c’est exactement ce qu’il fait!”

Macron avait commencé son discours à Jérusalem en disant qu’il ne pouvait pas commenter la décision du tribunal parce que c’était son rôle, en tant que président, d’assurer l’indépendance du pouvoir judiciaire.

Mais le dirigeant français, qui était en Israël pour assister aux événements marquant le 75e anniversaire de la libération du camp d’extermination nazi d’Auschwitz, a continué à commenter l’affaire malgré son discours à la communauté française d’Israël.

Notant qu’un juge français avait confirmé en 2018 que le meurtre de Halimi était de nature antisémite, Macron a déclaré: “Il y a un besoin de guérison qu’un procès peut apporter.”

– «Retour de la haine» –

La France lutte contre une résurgence de l’antisémitisme, malgré un sentiment de honte persistant à propos de l’arrestation et de la déportation de Juifs du pays pendant la Seconde Guerre mondiale.

Le cas de Sarah Halimi est émotif pour la communauté juive française, qui a été consternée par la réticence initiale du pouvoir judiciaire à qualifier officiellement son meurtre d’antisémite.

Les juifs français ont été pris pour cible à plusieurs reprises par les djihadistes ces dernières années, notamment en 2017, lorsqu’un homme armé islamiste a abattu trois enfants et un enseignant dans une école juive de la ville méridionale de Toulouse et en 2011 lorsqu’un radical pro-islamique a abattu quatre personnes dans un supermarché juif à Paris.

Le nombre d’infractions anti-juives signalées à la police a augmenté de 74% en 2018.

Lors de sa visite en Israël, Macron s’est insurgé contre la montée de l’antisémitisme, affirmant que “ce retour de la haine hante notre époque”.

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