L’ONU critique les procès en Irak des membres de l’Etat islamique, y compris des boucliers humains


Par Emma Farge

GENÈVE (Crumpe) – Les Nations Unies ont fait part de “graves préoccupations” mardi au sujet des procès de centaines de membres présumés de l’État islamique en Irak, dont certains ont simplement préparé des repas, offert des services médicaux ou même agi comme boucliers humains pour le groupe djihadiste.

L’Iraq a traité des milliers d’affaires en vertu de sa loi antiterroriste – y compris des détenus de l’extérieur du Moyen-Orient transférés de la Syrie voisine – au lendemain d’une guerre de 2014-2017 contre des militants de l’État islamique.

Le rapport conjoint du Bureau des droits de l’homme des Nations Unies en Irak (MANUI) et du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH) couvre 794 procès menés entre le 1er mai 2018 et le 31 octobre 2019, porte-parole du HCDH Jeremy Laurence a déclaré lors d’une conférence de presse à Genève.

“(Le rapport) soulève de sérieuses inquiétudes quant au fait que les procès inéquitables désavantagent gravement les accusés”, a-t-il dit, ajoutant que 28 des cas dans le rapport de l’ONU impliquaient des accusés étrangers de 11 pays différents.

Ils venaient de: France, Iran, Egypte, Belgique, Russie, Suède, Turquie, Syrie, Arménie, Tadjikistan et Kirghizistan.

Dans certains cas, les individus avaient fourni des services de soutien de base, tels que la vente de légumes ou la préparation de repas pour les membres du groupe djihadiste ultra-dur, a indiqué le rapport.

Un jeune homme, âgé de 14 ans à l’époque, a été condamné par le tribunal pour mineurs de Karkh à Bagdad à 15 ans de prison pour avoir reconnu qu’il agissait comme un bouclier humain, avec d’autres membres de la famille, pour protéger les combattants d’un air grève, at-il dit.

Dans un autre cas, l’accusé, qui était pharmacien, a été condamné à perpétuité à Mossoul pour avoir soigné des membres blessés de l’État islamique.

<< Les poursuites engagées dans le cadre juridique antiterroriste … se sont concentrées sur "l'appartenance" à une organisation terroriste sans faire suffisamment de distinction entre ceux qui ont participé à des crimes graves et ceux qui ont rejoint l'EIIL (État islamique) par nécessité de survie ou par coercition, "indique le rapport.

L’histoire continue

Dans 109 des cas étudiés par les Nations Unies, des condamnations à mort ont été prononcées, a indiqué Laurence. Dans l’un de ces cas, l’avocat de la défense a été nommé le jour du procès, n’avait pas rencontré son client au préalable et est resté silencieux pendant toute la durée du procès.

Des accusés ou des avocats de la défense ont allégué des actes de torture ou des mauvais traitements lors d’interrogatoires lors de 260 audiences, selon le rapport, notamment de femmes et d’enfants. Le rapport indique que les juges n’ont généralement pas remis en question les aveux qui semblaient avoir été obtenus de cette manière.

Les agences des Nations Unies n’ont pas pu vérifier ces allégations de manière indépendante, mais ont déclaré avoir reçu des “informations crédibles” de torture et de mauvais traitements de la part des autorités depuis des années.

(Reportage par Emma Farge; Montage par Alex Richardson et Gareth Jones)

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