Terreur alors que les djihadistes visent une route clé du nord-est du Nigeria


Maiduguri (Nigéria) (AFP) – Le chauffeur du bus a tout de suite senti que lui et ses six passagers étaient en difficulté lorsque les hommes armés, vêtus d’uniformes de l’armée nigériane, ont arrêté leur véhicule à un poste de contrôle.

Ils se trouvaient sur la route principale reliant la ville de Maiduguri, dans le nord-est instable du Nigeria, au reste du pays.

Pendant des semaines, des informations ont fait état de djihadistes déguisés en soldats enlevant des voyageurs.

Maintenant, sa propre chance était épuisée.

“Ils nous ont emmenés à bout portant dans la brousse”, a expliqué le chauffeur à l’AFP, demandant que son nom ne soit pas utilisé pour sa propre sécurité.

“J’ai passé quatre jours en détention. Je n’ai jamais ressenti de peur et de traumatisme dans ma vie au cours de ces quatre jours.”

L’enlèvement il y a environ deux semaines faisait partie d’une vague d’attaques identiques visant la route clé de Damaturu – la principale bouée de sauvetage reliant Maiduguri et ses quelque deux millions de personnes au monde extérieur.

Depuis début décembre, des djihadistes déguisés en soldats ont mis en place des postes de contrôle pour piéger et enlever les passagers sans méfiance.

Ils semblent se concentrer sur les chrétiens, les travailleurs humanitaires et le personnel militaire.

Certaines des personnes saisies ont été exécutées sur place. D’autres ont été capturés.

Fin décembre, les djihadistes ont publié une horrible vidéo les montrant en train de tirer et de trancher la gorge de 11 chrétiens enlevés.

– «Tourné à tout moment» –

Le chauffeur du bus et ses passagers ont été maintenus dans des cellules d’un camp entouré de garde-corps en fer.

“La torture psychologique était indescriptible. Je vivais à la minute près car je sentais que je serais prise et fusillée à tout moment”, a-t-il dit.

Un “juge” viendrait entendre les cas de ceux qui étaient détenus et rendrait un verdict en quelques minutes.

Lorsqu’il a ordonné à un otage d’être vêtu d’une combinaison orange, cela signifiait qu’il avait été condamné à mort.

Après quelques jours, c’était au tour du conducteur de se faire entendre.

On lui a demandé quel crime il avait commis mais il a répondu qu’il ne savait pas; il venait de conduire sur la route quand il a été arrêté.

Cette fois, le juge a choisi la clémence. Le chauffeur – un musulman – a été mis en liberté, a rendu les clés de son véhicule et a été reconduit.

“Je ne sais pas ce qui est arrivé à mes six passagers. Je les ai laissés en attente de jugement au camp”, a-t-il dit.

– Augmentation des attaques –

Les agences d’aide internationales ont tiré la sonnette d’alarme face à la menace croissante sur les routes qui rend encore plus difficile la lutte contre la vaste crise humanitaire dans la région.

L’ONU affirme que ces dernières semaines ont vu une recrudescence des attaques violentes dans le nord-est du Nigéria et “une tendance croissante aux points de contrôle illégaux sur les principales routes d’approvisionnement et commerciales”.

La terreur sur les routes a ébranlé les habitants de Maiduguri, un endroit qui a déjà vécu 10 ans d’insurrection brutale.

Le conflit a fait plus de 36 000 morts et des centaines de milliers de personnes déplacées ont envahi la ville.

L’armée a dit à ceux qui empruntent la route de ne pas s’arrêter aux points de contrôle officieux et insiste sur le fait qu’elle a déjà rétabli le contrôle de la route principale.

Mais la circulation sur la route de Damaturu a considérablement diminué et les chauffeurs attendent d’autres véhicules pour former des convois.

Ceux qui font le voyage admettent qu’ils prennent leur vie en main.

Alors qu’elle montait dans un bus pour partir, Hauwa Musa a déclaré à l’AFP que des proches l’avaient prévenue de ne pas voyager sur la route.

“Mais je leur ai dit ce qui m’arrive, c’est destiné par Dieu”, a-t-elle dit.

Un autre passager, Mohammed Adam, a insisté sur le fait qu’il n’avait pas d’autre choix que de faire le voyage pour le travail.

“Nous devons partir car nous luttons pour nous nourrir et nourrir nos familles”, a-t-il déclaré.

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