«J’ai besoin de redescendre en pression parfois», raconte Zhoya


Grand espoir de l’athlétisme français, Sasha Zhoya a participé au premier 110 m haies séniors de sa carrière il y a deux semaines en Italie. Frustré par des crampes qui l’ont empêché de s’exprimer, la colère a pris le dessus. Jusqu’aux Jeux de Paris en 2024, le hurdleur de 19 ans raconte son parcours à l’AFP. Dans ce 6e épisode, il relate la gestion de ses attentes, de l’échec, et de la rage qui peut parfois l’envahir. «À l’échauffement (à Grosseto le 22 mai), tout était carré, incroyable, j’étais prêt pour un bon chrono. Après, je ne sais pas ce qu’il s’est passé, j’étais peut-être trop excité, l’échauffement a été long, je manquais de sels minéraux. Pour mes derniers départs dans les starting blocks quelques secondes avant la course j’ai senti des crampes, à plusieurs reprises. J’ai regardé Ladji (Doucouré, son entraîneur) qui m’a dit : “ne cours pas”. Je me suis dit que j’étais venu à Grosseto, assez loin, que je voulais courir quand même. Je pars, je crampe, et toute la course j’alterne entre crampe forte, puis légère, puis forte… C’était une course de souffrance mais je voulais absolument finir.»

«J’étais énervé… J’ai enlevé un peu mon maillot, le zip s’est déchiré, donc j’ai terminé de le déchirer. Je n’étais pas déçu, juste en colère. J’avais eu un échauffement incroyable, pourquoi mes mollets crampent ? Dans ma tête je me disais, +j’ai bu beaucoup d’eau, j’ai bien dormi, j’ai tout bien fait, pourquoi ?+ Je ne pouvais pas courir la finale, mes mollets étaient +morts+, j’étais énervé, je me suis “cassé”. (…) C’était une sorte de caprice. Moi je suis du genre à bouder. Ce devait être une rentrée à l’aise, un petit chrono en 13 sec 10 ou 13 sec 15, et je fais une seconde de plus que ce que je voulais (14 sec 13 au final, très loin du niveau international).»

«J’ai l’habitude de l’échec, mais pas en compétition. Si j’avais eu mal au mollet à l’échauffement, j’aurais géré et accepté en course. Mais pas là. La plupart du temps en compétition ça se passe bien pour moi. J’en avais raté quelques-unes l’an dernier et il y a deux ans, mais il n’y avait presque pas de témoin. À l’entraînement je suis souvent confronté à l’échec, et ça m’énerve. Je suis têtu, j’aime arriver à faire les choses, sinon ça me saoule.» «A Grosseto, c’est mieux que je sois parti marcher, faire une pause, j’ai besoin de redescendre en pression parfois. Avec moi il faut laisser sortir. Je me mets dans mon coin, je laisse sortir et après c’est calme plat. Le soir c’était tranquille. (…) Je suis réaliste par rapport à mes possibilités. Je sais ce que je vaux, c’est pour ça que quand je n’y arrive pas ça m’énerve.»

«La prochaine fois que j’ai des crampes je saurai mieux gérer les choses avec du sel, des chaussettes de compression, de la crème chauffante. Je reste jeune, j’apprends. Mon entourage me dit toujours de nouvelles choses, je grandis et mon corps grandit avec moi. Je n’ai plus mon corps d’adolescent où je pouvais m’échauffer en quinze minutes. Donc oui ça me “fait chier” de ne pas faire une belle rentrée, mais c’est normal, il faut apprendre. (…) Mes entraîneurs (Ladji Doucouré et Dimitri Demonière) sont calmes. Il n’y aura jamais un clash avec eux. Ils savent comment me gérer. Mais je ne pète pas les plombs tout le temps, normalement je suis bien. Ça m’arrive à cause des blessures, c’est presque seulement en athlétisme que je m’énerve. Ou alors sur (le jeu vidéo) FIFA.»

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