Fauthoux, Williams, Rupert, les nouveaux visages des Bleues


DÉCRYPTAGE – Sous la houlette de Jean-Aimé Toupane et en l’absence de cadres, l’équipe de France attaque les quarts de finale de la Coupe du monde avec de nouvelles leadeuses.

Les Bleues sont en quart de finale de la Coupe du monde, et c’est déjà très bien. Si l’équipe de France a décroché le bronze aux JO de Tokyo l’an dernier, et l’argent lors des cinq derniers championnats d’Europe, elle rabaissait son ambition sous la contrainte, au coup d’envoi du Mondial australien jeudi dernier. Quatre potentielles titulaires avaient déclaré forfait sur blessure : Olivia Epoupa, Bria Hartley, Marine Johannès et, surtout, Sandrine Gruda, meilleure marqueuse de l’histoire des Bleues (2.784 points en 215 sélections).

C’est avec une pression relative que Jean-Aimé Toupane (64 ans), successeur de Valérie Garnier (2013-2021), entrait dans sa première compétition, lui qui n’avait aucune expérience du basket féminin. Mais qui profite d’un effectif avec «de beaux talents, de la fraîcheur et de la jeunesse», juge Audrey Sauret, consultante pour beIN Sports, diffuseur de la Coupe du monde. Le sélectionneur des Bleues a été le premier témoin de la prise de pouvoir de Marine Fauthoux, Gabby Williams et, dans une moindre mesure, Iliana Rupert, qui seront attendues en quart ce jeudi (10h) face à l’un des favoris, la Chine.

Marine Fauthoux, tempérament de feu

Elle est bien la fille de son père, lui aussi meneur, qu’on citera de moins en moins tant Marine Fauthoux se fait un prénom. Avec 41 sélections, elle dépassera bientôt son papa, Frédéric, 47 capes. Sauf que Marine n’a que 21 ans. De 12 minutes/match aux JO de Tokyo, elle est passée à 27 minutes/match dans cette Coupe du monde. «Elle assume complètement son rôle et fait preuve d’une grande maturité», admire Audrey Sauret, ancienne meneuse-arrière aux 202 sélections chez les Bleues. Face au Japon (10 pts, 8 passes décisives) et la Serbie (11 pts, 4 passes, 3 interceptions), elle a alterné agressivité au cercle et création balle en main pour les autres. «Elle est très forte sur les lectures de jeu, sur les pick & roll», souligne Audrey Sauret.

Fauthoux a aussi brillé par… sa maladresse à 3 pts (4/19 sur la compétition). Un paramètre à corriger, ce qui n’est pas le cas de sa défense rugueuse malgré sa taille (1,74 m). «Elle a du tempérament, constate Audrey Sauret. Quelqu’un peut lui rendre 20 cm d’écart, ça ne la déstabilisera pas.» La meneuse de Basket Landes a savouré la victoire face aux Japonaises qui les avaient battues en demi-finale des Jeux à Tokyo. «Je voulais ma revanche. Ça n’allait pas se passer comme ça aujourd’hui», a-t-elle sifflé après la rencontre, ravie d’avoir «les clés du camion» en l’absence des cadres.

Gabby Williams, la go-to girl

La patronne, c’est elle. À la Coupe du monde, seules 4 joueuses ont davantage marqué que Gabby Williams (15,6 pts, 5 rebonds et 2,8 passes/match). Elle est la «go-to girl», celle vers qui on se tourne quand l’attaque est en berne. Celle qui, sur un dribble, une accélération, un tir ou une finition tout en toucher, va débloquer les Bleues. Comme Fauthoux, l’ailière d’1,80 m «prend ses responsabilités», pointe Audrey Sauret, en reposant sur un fort «QI basket» et des qualités athlétiques hors-normes. La Franco-Américaine de 26 ans, naturalisée il y a un an, avait déjà pesé lourd à l’Euro et aux JO. Désormais, «elle est notre leader», a confirmé Jean-Aimé Toupane après son record de points en Bleues contre l’Australie (23 unités).

«C’est un leader non pas vocal mais dans l’exemplarité et l’efficacité, avec un très bon état d’esprit, analyse Audrey Sauret. Ce qu’elle dégage, ce ne sont que des ondes positives. Et même dans ses prises de parole quand elle est interviewée.» Williams n’est que dans la continuité de son Euroligue, remportée avec le club hongrois du Sopron Basket. Elle a été élue meilleure joueuse du Final Four, un an après avoir été élue meilleure défenseure de la saison régulière. Car son impact n’est pas qu’en attaque.

Sa régularité et sa capacité à peser dans tous les compartiments du jeu la rendent indispensable aux Tricolores. Mais elle n’est pas sans défaut. «Physiquement, c’est une joueuse qui, je pense, ne peut pas jouer des séquences de 12-14 minutes consécutives parce qu’elle laisse tellement d’énergie dans tout ce qu’elle fait, craint Audrey Sauret. Même son jumpshot, il est à l’énergie. Et pour avoir été un petit peu ce profil de jeu, quand on est comme ça dans des tirs à 2 pts qui sont dans de l’énergie, forcément, l’adresse s’échappe un petit peu avec la fatigue.» Jusqu’ici, Williams tourne à 58% aux tirs à 2 pts, mais a signé un triste 3/15 à 3 pts.

Iliana Rupert, retour sur terre

Comme Marine Fauthoux, Iliana Rupert a hérité d’un patronyme, celui de Thierry, ex-international français (35 sélections) décédé subitement en 2013 d’un problème cardiaque. C’est d’ailleurs pour lui qu’elle porte le n°12, avec lequel elle a suscité d’immenses promesses (47 sélections à seulement 21 ans). Mais, pour l’heure, elle passe à côté de sa Coupe du monde. «Tout le monde l’attendait à 300% parce qu’Iliana, tout ce qu’elle touche se transforme en un trophée», sourit Audrey Sauret.

Iliana Rupert face au Japon le 26 septembre dernier. BRENDON THORNE / AFP

Depuis six mois, Rupert frôle la perfection : championne de France et vainqueur de l’Eurocoupe avec Bourges, puis championne WNBA avec Las Vegas le 18 septembre. Tout en étant élue MVP du championnat de France et MVP du Final Four de l’Eurocoupe. «Ce sont des émotions très fortes, il faut redescendre très vite», explique Audrey Sauret. Transition trop brutale pour la jeune native de Sèvres (Hauts-de-Seine) ? «J’ai pris 17 heures de décalage horaire», s’en amusait-elle auprès de L’Équipe .

Grande (1,91 m), Rupert n’a que peu fait étalage de ses qualités techniques, en tête ou en bas de raquette, et n’a pas imposé son physique en défense. Sa performance face au Japon (15 pts, 12 rebonds) semblait l’avoir lancée. Mais la défaite mardi face à la Serbie (62-68), où elle a signé un 0/5 aux tirs et n’a pris que 2 rebonds, l’a rappelée sur terre. «Elle nous sera utile sur la suite de la compétition», promettait Jean-Aimé Toupane après sa pénible entrée en matière contre l’Australie (4 pts, 5 rebonds). En quart de finale ce jeudi (10h) face à la Chine, qui s’appuie sur un fort secteur intérieur, elle sera attendue au tournant.

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